Tidal, le service de streaming de Jay Z

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Cela ressemble à la dernière chance pour Tidal, la plate-forme de streaming (lecture sans téléchargement) musical relancée l’an passé par le rappeur américain Jay Z. Depuis le dimanche 14 février, elle bénéficie en effet d’une exclusivité de poids: le dernier album de Kanye West, autre rappeur vedette. Non seulement celui-ci n’est pas présent sur les service concurrents, comme Spotify et Apple Music. Mais il n’est également pas disponible à la vente, en téléchargement ou en CD.

 

Initialement, cette exclusivité ne devait être que temporaire, mais le chanteur a modifié ses plans en cours de route. « Mon album ne sera jamais jamais jamais sur Apple, a-t-il indiqué sur son compte Twitter. Et il ne sera jamais en vente. Vous ne pouvez l’avoir que sur Tidal ». Cette exclusivité a donné un coup de fouet au service. Depuis dimanche, son application mobile est l’application gratuite la plus téléchargée sur la boutique américaine d’Apple. Samedi, elle n’occupait encore que la 259ème position.

Ce pic de téléchargements n’est cependant qu’une première étape pour Tidal. Les nouveaux inscrits bénéficient en effet d’une offre d’essai allant de 30 à 90 jours. Tout l’enjeu pour la société sera de convaincre ces nouveaux utilisateurs de payer 10 ou 20 dollars par mois – contrairement à Spotify, elle ne propose pas d’option gratuite financée par la publicité. Pour cela, Tidal mise sur un groupe de quinze vedettes de la chanson, comme Kanye West, Beyonce, Rihanna, Daft Punk ou encore Madonna.

NEW YORK, NY - MARCH 30: (L-R) Usher, Rihanna, Nicki Minaj, Madonna, Deadmau5, Kanye West, JAY Z, and J. Cole onstage at the Tidal launch event #TIDALforALL at Skylight at Moynihan Station on March 30, 2015 in New York City. (Photo by Jamie McCarthy/Getty Images for Roc Nation)

Présents sur scène lors du lancement de la plate-forme à New York, ces artistes ont reçu une partie du capital (environ 3% chacun). En échange, ils doivent assurer la promotion de Tidal auprès de leurs fans. Et ils se sont également engagés à l’alimenter en chansons et vidéos exclusives. Mais jusqu’à présent, ces exclusivités n’étaient que temporaires, comme quelques titres de Beyonce et le dernier album de Rihanna. Pas suffisant pour attirer des abonnés sur le long terme.

Face à une concurrence déjà bien installée (près de 30 millions d’abonnés à Spotify, 11 millions à Apple Music) et dotée de ressources financières plus importantes, l’entreprise ne peut pas se contenter de ces exclusivités temporaires. Mais le pari est risqué pour les artistes partenaires. L’absence de leurs chansons sur les plates-formes légales de téléchargement ou sur les autres services de streaming représente en effet un important manque à gagner. Et les retombées financières liées à la réussite de Tidal sont, elles, bien incertaines.

 

« Combien de personnes accepteront de payer 120 dollars par an pour ces exclusivités ?, s’interroge Russ Crupnick, directeur du cabinet MusicWatch. La majorité se débrouillera pour trouver ces chansons ailleurs ». De fait, le dernier album de Kanye West aurait déjà été téléchargé illégalement à plus de 500.000 reprises, selon le site spécialisé TorrentFreak.  « C’est un projet mort-né », assène l’influent critique musical Bob Lefsetz, connu dans le milieu pour ses avis toujours tranchés.

En septembre 2015, six mois après son lancement, Tidal revendiquait un million d’abonnés. C’est deux fois plus que les 500.000 clients de la plate-forme au moment de son rachat par Jay Z début 2015, pour 56 millions de dollars. Ces performances modestes ont entraîné une valse à la tête de l’entreprise: trois directeurs généraux depuis avril 2015. 25 personnes auraient aussi été licenciées. Pour s’en sortir, le rappeur va désormais devoir convaincre ses associés de jouer leur va-tout en suivant la voie de Kanye West.

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